La Mort Dans L’Hôpital – Une perspective humaniste-existentielle
- brandaolenise
- 29 de set. de 2024
- 32 min de leitura
Ce travail est né du besoin de réfléchir sur et organizer mon expérience professionnelle dans l’approche de patients avec cancer, de leurs familles et l’accompagnement des professionnels qui travaillent avec la mort et le mourant dans l’hopital.
La lecture de mon expérience et ma propre action se sont dévéloppées dans la perspective phénoménologique-existentielle de ma formation professionnelle comme psychologue dans l’orientation de la Thérapie Centrée sur le Client, dévéloppée par Carl R. Rogers.
D’abord je montrerai comment la mort est vue par le prisme philosophique de l’Existentialisme et puis je donnerai une brève vision panoramique de l’évolution de l’attitude de l’homme occidental devant la mort.
Ensuite j’examinerai avec plus de détails les réaction des professionnels de la santé devant le patient qui a le câncer et de sa famille. J’essayerai d’apprendre les expériences de ces professionnels et les différentes façons de les exprimer dans la relation avec le patient et sa famille.
Je montrerai par la suite la vision et le conséquente approche du patient avec cancer comme une personne. Je soulignerai comment l’action professionnelle peut lui donner le support nécessaire et lui faciliter traverser cette crise d’une façon constructive.
Enfin, je laisserai un propos de réflexion et développement aux professionnels de la santé.
I - La Mort dans l’Existentialisme:
Selon Martin Heidegger, cité par Sciacca (1968), l’Existentialisme peut être defini comme la “philosophie du finit”. Pour l’être humain “exister” signifie “être-dans-le-monde”, où l’homme est attiré et limité dans sa temporalité, en ayant devant soi-même des possibilités infinies toujours agonisantes dans le temps, car à chaque choix qu’il fait, une possibilité se réalise et les autres meurent. Et il n’y a pas comment échapper du choix.
Sartre dit que, même si la personne ne veut pas choisir, cela est déjà un choix, d’où vient une partie de l’angoisse de l’être humain.
Pour Heidegger, l’autre facteur que origine l’angoisse est le confront de l’homme avec sa finitude, avec sa mort, entendue comme la fin du “vivre-dans-le-monde”. Dans cette perspective, la mort est vue pas comme une rupture, comme quelque chose extérieure qui vient couper la vie, mais comme quelque chose qui fait partie de la vie, qui la constitue, qui forme l’être humain.
“Être-dans-le-monde” (in-der-welt-sein) est “être-pour-la-mort” (sein-zum-tode). L’existence humaine est inexorablement liée à sa temporalité. Et l’être humain doit construire sa vie et, en le faisant, constituer soi-même comme personne et donner un sens à son existence. Tous ces actes, pourtant, ont devant eux le Néant.
“Être-dans-le-monde” est marcher vers le Néant. Tout est destiné d’une façon ou d’autre à se perdre. Le Néant correnpond aux limites temporaux de l’existence humaine dans le monde. Avant la conception, ‘être n’est rien et il retourne au rien avec sa mort.
La mort signifie la fin de tous les projets, de toutes les possibilités et de tous les désirs. Expérience intrinsèquement personnelle et intransférable, source de l’angoisse. Mais cette angoisse peut amener l’être à sa plenitude, à sa liberté. S’il réussit à dépasser les situations particulières et à pénétrer dans le plus intime de son existence, en l’apprennant en sa totalité, ça veut dire aussi en sa transitorieté, l’être humain peut reprendre son existence d’une façon différente de ce qu’il faisait avant, em même temps qu’il s’approprie et s’en libére avec une liberté fondamentale – la liberté d’accepter sa mort. En l’acceptant, il réussit son autenticité.
Maintenant voyons ce que la fable “Rencontre en Samarra” peut nous dire. “Un domestique s’est rencontré par hasard avec la mort, une vieille dame ridée en robe noire, à la place du marché, et il l’a vue faire ce qui lui a apparu un geste de menace. Terrorisé, le domestique a pris le cheval prêté de son maître et s’est enfuit vers Samarra. Pendant le même après-midi, quand le maître s’est rencontré par hasard avec la vieille dame à la place du marché, il lui a demandé: - Pourquoi est-ce que tu as fait un geste de menace vers mon domestique aujourd’hui? Et la mort a expliqué: - Ce n’était pas un geste de menace, ce n’était qu’un movement de surprise. J’étais étonnée de voir votre domestique à Bagda, une fois que je devrais le rencontrer aujourd’hui le soir à Samarra”. (Nichols, page 232)
Dans cette fable, nous pouvons voir que le domestique, en essayant de fuir la mort, a depensé ses energies et il n’a pas bien vécu ses précieux derniers moments. Pour avoir eu peur de la mort, c’était lui même, et pas la vieille dame en noire, qui a lésé sa vie. On a beau fuir de la mort.
Jung a dit: - “Accepter le fait que tu meurs à ton temps est une espèce de victoire sur le temps.” Et encore: - “Devenir et laisser d’exister sont la même courbe.” (Nichols, pages 232 e 233)
Cet état de libertation est atteint par des personnes qui ont eu un confront avec la mort, soit parce qu’elle ont été très proche de la mort physique, soit parce qu’elles ont senti la douleur de la perte de quelqu’un très significatif dans leurs vies.
De cette façon, l’acceptation de la mort deviant une condition pour que l’être humain puisse vivre sa vie en plenitude. C’est comme un défi, une épreuve posée devant chaque personne dans son existence et que chacun doit affronter tout seul et à sa manière. Ça dépend de cela la manière dont chacun ira signifier son existence.
Parmi les êtres vivants, seulement l’homme a la conscience de sa mort. Et c’est précisement cette conscience qui lui donne la possibilité de la prévoir, de réfléchir et de se préparer pour elle, en choisissant sa vie.
Quand on a demandé à Krishnamurti comment il se préparait pour la mort, il a répondu: -“Tous les jours je meurs un peu.” (Kübler-Ross, page 103) Cela ne correspondait pas à une attitude de désistement de la vie, mais ça voulait dire qu’il essayait de vivre les changements – les petites morts – tous les jours dans sa vie, en faisant à chaque instant un exercise de détachement et en ouvrant à chaque jour des nouvelles portes dans sa vie.
Tout autrement à cette attitude, nous nous attachons d’habitude à tous dans nos vies, comme si tous nous appartenait. Nous voulons être sûr que rien ne nous sera volé, qu’il n’y aura pas de pertes, comme s’il était possible. Nous résistons à renoncer à nos habitudes, à nos attitudes, à nos conceptions et à des parties de notre vie et de nous mêmes déjà três consumées et ennuyeuses, ou peut-être franchement inadéquates. De peur de la perte, de la mort, nous ne nous permettons pas de vivre des nouvelles possibilités.
L’enfant a naturellement une préocupation avec l’aspect transitoire de la vie. Il pleure les feuilles qui tombent, l’animal qui meurt. Au fur et à mesure qu’il croit et entre dans le monde de la science, il perd le contact avec cette expérience de transitorieté de la vie. Et il devient alarmé quand il voit la vieille dame en noire. S’il s’arrêtait un peu pour contempler la nature, il s’appercevrait qu’il y existe un continuel processus de vie-mort-vie, où la mort devient nécessaire pour nourrir la vie.
Dans d’autres cultures, comme dans l’est de l’Inde et dans la culture maya, qui ont une vision intégrée de la vie et de la mort, celle-ci apparait en donnant du soulagement à ceux qui sont en train de mourir, en tournant le bebé dans le ventre de la maman pour qu’il puisse naître et en ouvrant le chemin pour le lait dans le sein de la mère.
Estés (1994) raconte que dans le folklore du Méxique, parmi d’autres réprésentations, la mort est Txati, une grande guérisseuse qui porte une écuelle de cuivre avec des aliments. Dans cette écuelle, elle reçoit l’âme et le corps de ce qui vient de mourir. Alors il le tourne jusqu’à ce qu’il devienne de la mesure de la pointe d’une épine des fruits de cactus, quand elle le pose dans l’utérus d’une femme.
Vie et mort sont, donc, inexorablement liées comme des opposés complémentaires d’une même réalité. C’est la mort qui peut nous remettre à la vie. Fond obscure qui fait chaque aspect essentiel de la vie briller intensement, en rendant les perceptions plus soignées et en conduisant chacun vers soi-même et vers les autres. C’est la mort capable de changer les personnes et les relations, d’engendrer la vie.
Allons-nous maintenant essayer de comprendre comment s’est passé la dichotomie de cette réalité dans l’histoire.
II - La Mort Dans l’Histoire:
La conscience de sa propre mort, qui émerge dans l’homme sapiens, correspond du point de vue anthropologique à un important facteur constitutif de l’être humain. Sont de cette époque-là les prémières sepultures, où les hommes étaient posés assis, chevilles et poignets attachés, comme des bébés en attendant une nouvelle vie.
La mort, comprise comme une transformation d’un état à l’autre, soulignait aussi la présence de l’idée de temps dans la conscience humaine.
Selon Edgard Morin, cité par Ziegler (1977), la conscience de la mort était déjà formée à cette époque-là d’une perspective objective, qui admettait la mortalité, la finitude, et d’une perspective subjective, qui pointait vers une transmortalité. De cette façon, les sites funéraux exprimaient, et expriment encore aujourd’hui, d’un côté l’angoisse et la douleur devant la séparation et l’anéantissement et, de l’autre côté, l’essaie d’absortion de ce trauma par la consolation et l’espoir d’ aucune continuité.
Des tribus de la région amazoniene brûlaient leurs morts et, ensuite, buvaient leurs cendres. Certaines sociétés primitives réalisaient toutes les années le rituel symbolique de “tuer et manger” le vieux roi pour assurer une bonne moisson et la fertilité des terres. La tradition chrétienne a un rituel pareil d’incorporation dans l’acte de la communion.
Pour Edgar Herzog, cité par Nichols (n.d.), la capacité de s’effrayer par la mort d’un autre être humain, absente dans les autres animaux, est devenue une réaction caractéristique de l’homme primitif, correspondant et exprimant “l’horreur de l’incompréhensible”. Cette probable première expérience de l’homme devant le “totalement inaccessible” a forcé l’expansion de la conscience humaine vers deux directions: celle de la religion, en facilitant l’acceptation de la mort par l’ampliation de sa perception de la vie, et celle de la science, en essayant d’avoir le contrôle sur elles – vie et mort.
Avant que la médecine ait compris et ait pû expliquer les causes des maladies, l’humanité était dévastée par des épidemies qui ravagaient des communautés entières, sans comprendre, ni avoir aucun contrôle sur ce qui arrivait.
La mort était vue comme une force impersonnelle et impitoyable qui arrivait en coupant et en détruisant la vie, d’òu vient sa représentation picturale comme un squelette menaçant avec une faux.
Dans cette même époque, pourtant, grâce aux sacrements de l’Église et aux moeurs sociales, la mort n’était pas vécue d’une façon solitaire. Généralment le moribond était chez lui au milieu de sa famille et d’autres personnes de la communauté, qui se rassemblaient pour faire des cultes et des rituels.
Le Christianisme, contrairement à ses príncipes, a aussi introduit une stratification des morts, en cachant l’égalité pré-sociale des hommes devant la mort. La place de la sépulture était marquée par rapport aux possessions matérielles du mort et la principale function du testament était celle de fixer cette place. Si elle était proche de la relique des saints, sous les pierres de la nef ou dans la cour interne du monastère, le mort aurait l’intercession spéciale des saints pour lui conduire à la vie éternelle. Au contraire, il ne lui restait que le terrain à côté de l’église ou les fosses communes. La mort ne marquait pour l’être humain que la fin de la vie sur la terre, en lui restant une longue marche au delà.
De cette manière, la mort a laissé d’être un acte simplement naturel et elle est devenue un acte culturel, comme tous les actes de la “praxis” humaine. Un événement qui arrive à tous, mais à chacun d’une façon spécifique, selon sa classe sociale, sa famille, sa culture et sa religion.
Au début de l’Age Moderne, avec la fin de la domination philosophique-religieuse de l’Eglise, la culture humaniste a commencé à se dévélopper surtout en Italie. Faite la rupture épistémologique, il n’avait plus la promesse de la vie éternelle pour consoler, accuellir et amplifier la vie humaine. Le discours de l’égalité des hommes devant la mort a suivi la stratification des morts. Et ce discours était conduit par la nouvelle classe dominante pour cacher l’inégalité des possibilités de vie dans la société mercantile qui était en train d’émergir.
De cette façon, l’idée de la mort naturelle et universelle essayait d’empêcher, selon Ziegler (1977), que les classes dominées pouvaient construire leur propre image de la mort à partir de ses propres expériences de vie, qui étaient aussi l’expérience d’une classe. Telle expérience, opposée à l’image dominante, les conduiraient probablement à la conscience d’inégalité et à la discussion d’une nouvelle ordre sociale.
Dans cette nouvelle culture, caractérisée par des nouvelles relations de production, le mort n’avait plus de valeur, puisqu’il ne pouvait plus produire. Le language social s’est donc gradativement tu par rapport au mort et au sujet agonisant. Jusqu’à ce que, dans le dernier tiers du XIX siècle, la mort a été bannie du language, son nom a été interdit. Cette interdiction, qui fait part de la structure de la civilisation contemporaine, a fait naître une angoisse diffuse et plusiers manoeuvres d’ évitement de la confrontation des hommes avec leur propre mort. Privés de cette confrontation, qui les amèneraient à l’action, et leur donneraient la permission pour se lancer et prendre des risques, les hommes ne dévéloppent pas leur expression, ne deviennent pas le sujet de leur propre histoire, ni les agents de transformation sociale.
Pour la société industrielle, les morts sont des étrangers, des corps qui cessent de produire et de consumer, et desquels elle cherche rapide et imperceptiblement de se dépêcher, pour que les vivants ne percevoient rien, en vidant la signification de la mort dans la banalité de la routine journalière. Le corps est rapidement tiré de la salle, amené au milieu du trafic vers une place spécifique, reservée et le plus rapidement possible enterré.
Outre cela, la mort est aussi prise par les mécanismes de consommation et profit. Des entreprises funéraires guettent attentivement les agonisants dans les hôpitaux, en attendant anxieusement leurs morts pour offrir les services, gagner le client et vaincre la concurrence.
Dans la société mercantile, l’égalité devant la mort n’existe pas. La perspective de vie d’un employé est plus basse que celle d’un exécutif. Par rapport à l’accès aux traitements et à la technologie medicale, l’inégalité est encore plus surprenante. Ici on fait d’une manière clandestine ce que Ziegler (1977) a appelé “euthanasie sociale”. Ça veut dire, parmi plusieurs individus qui ont besoin d’un certain traitement, le choix des meilleurs candidats passe par le critérium économique. Ainsi on décide ceux qui vont vivre et ceux qui vont mourir. On peut ajouter le fait que les installations thérapeutiques ne sont pas parmi les investissements qui donnent le plus facile retour économique.
Dans la société pré-mercantile, l’individu agonisant avait un status et ses droits étaient respectés. Sa famille et la communauté écoutaient et comprennaient ses volontés, ses besoins et ses décisions. Enfin, il maintenait sa dignité.
Avec la Déclaration de Harvard (“Rapport du Comité Désigné par L’École de Médecine de Harvard pour Examiner la Definition de Mort au Cerveau”, août/1968), c’est arrivé une rupture historique par un changement conceptual. Devant les nouvelles découvertes en biologie, le conception populaire de mort a été remplacé par le concept médical-scientifique. De cette façon, la définition de l’instant de la mort est passé aux mains d’une classe – les médecins, qui se sont investis d’une autorité pour la fixer, selon des régles techniques prétentieusement neutres et absolues. D’accord avec la dénomination de Ziegler, ils sont devenus ‘les seigneurs de la mort”, tandis qu’avant ils ne faisaient que constater son occurrence comme un fait naturel.
Fixée la domination du savoir scientifique du médecin sur le savoir existentiel que le malade a de soi-même, celui-ci n’est plus écouté, il n’a plus de voix sur sa propre vie et sur sa propre mort. Il n’ya plus de place pour sa subjectivité, qui est niée ou simplement ignorée. Le même se passe avec sa famille, quand elle essaie d’être le porte-parole de ses besoins et de ses volontés. La seule personne capable d’ évaluer et de décider le moment “correct” de la mort est le médecin. Alors, le malade et sa famille sont aliénés de leur processus de mourir. Il laisse d’être un sujet de voix active et devient un objet manipulé par une “praxis” et par une rationalité imposées comme supérieures et complètement étranges à sa réalité existentielle.
La mort quitte la maison, le milieu familier, en conséquence de certains changements économique-sociaux. Avant il y avait au moins un parent qui restait à la maison en soignant le malade. Aujourd’hui, avec la réduction et l’isolément fréquent de la structure familiale, le malade risque de rester seul chez lui pendant la plupart du temps, an attendant l’arrivée de quelqu’un.
L’autre facteur influent sur ce changement de ‘locus’ de la mort correspond à l’augmentation et complexion de la technologie médicale, en dotant l’hôpital de plus d’instruments. En outre, beaucoup de plans et d’assurance maladie, intégrant le système mercantile d’entreprise, couvrent certaines dépenses seulement si le patient est hospitalisé.
En somme, l’évolution de l’être humain dans notre culture se révele contradictoire, car plus il dévéloppe sa connaissance, plus il paraît avoir peur et nier la mort. C’est pour ça que les morts sont maquillés pour qu’ils paraîssent vivants. Les enfants sont isolés des rites funéraires ou empêchés d’avoir un contact avec l’agonisant. Basés sur la science, nous discutons si nous devons ou non communiquer le diagnostique au patient. Nous gardons une distance de ce temps-là où la mort arrivait chez le malade, les enfants étant naturellement dans le milieu, quand on en parlait librement et l’agonisant était respecté socialement. La mort est devenue un processus solitaire, mécanique et déshumanisé.
III – La Mort dans l’Hôpital:
3.1. Les Réactions des Professionels –
Dans le titre antérieur, nous avons vu comment la mort a été transformée, devenue un tabou dans la société occidentale industrialisée, en l’associant à un ensemble de valeurs négatives, en étant donc cachée, masquée, vidée de ses significations existentielles. Nous avons encore vu comment cette évolution a pris le patient agonisant et le processus de l’agonie, en leur submergeant sous la dégradation générale de la maladie.
Dans les hôpitaux, les mécanismes de négation et occultation de la mort prennent en même temps plus de force et de subtilité. Ces institutions, nouvel ‘locus’ de la mort, fonctionnent comme des stations de traitement des ordures vers où les agonisants doivent aller et où la mort doit être dissolute et silencieusement disparaître par le moyen d’un traitement technique-scientifique.
On essaie de cacher l’agonie et la mort même des autres patients, en posant des paravents au tour du lit de l’agonisant, quand il n’est pas possible le retirer de l’infirmerie, pour que les autres patients n’assistant pas et ne se tourmentent pas avec cette mort-là. Ça veut dire, qu’ils ne prennent pas conscience de sa propre mort. Après le corps sans vie est rapidement transféré et l’existence de ce patient silencieusement éteinte, comme si aucun fait n’était arrivé là.
D’une façon générale, on ne commente rien parmi les professionnels ni parmi les patients, qui font partie du pacte de la négation et du silence. Quand un patient arrive à couper le silence, à désobéir cette interdiction et demande de la personne morte, on lui dit qu’elle est en train d’être soignée dans une autre partie de l’hôpital.
En général les professionnels voient le patient comme s’il était un enfant, en s’appuyant sur l’idée ‘a priori’, qu’ ils défendent comme une vérité absolue, que le patient n’a pas de conditions de savoir ce qui se passe avec lui, ni de la mort des autres. Et ils prennent cette conclusion sans établir avec le patient une relation de proximité qui leur permettrait d’évaluer ses réelles conditons en ce moment-là et accompagner son évolution. Avant tout, ils déterminent qu’il serait mieux que le patient ignore la mort. C’est meilleur pour qui? Pour le patient ou pour les professionnels?
De cette façon, ils sous-estiment la capacité d’évaluation et de maturité du patient, traité comme un être regressif et dependent. Ils lui demandent une ‘bonne’ conduite, ce que signifie ‘Ne pose pas des questions sur ton diagnostique, ni sur ton traitement. Ne te plains pas de règles, ni de la routine hospitalière. Sois soumis à tous et ne crée pas de problèmes pour nous. Nous savons ce qui est mieux pour toi. Nous décidons comment tu dois mourir. Nous conduirons ta mort selon des règles et des processus aseptiques, impersonnels et pas affectifs.’
Dans les hôpitaux liés à l’enseignement de la médicine, il est fréquent qu’on assiste parmi les médecins-étudiants le jeu suivant: ils essaient de prolonger la survie des patients agonisants par des recours téchniques pour passer l’obit au médecin suivant.
Malheureusement et paradoxalement les professionnels de la santé sont les moins préparés et ceux qui présentent plus de difficultés avec la mort. Et parmi eux c’est le médecin qui la vit de la manière plus négative à partir de sa propre formation professionnelle, quand on lui pose l’idée de la maladie comme un ennemi à être vaincu et la mort est vue comme une chute professionnelle. En plus la vision de l’omnipotence de son savoir qui devrait le transformer le ‘seigneur de la vie et de la mort’. Il devient donc facile de comprendre les sentiments d’impuissance aiguë expérimentés par le médecin devant la mort de son patient. Être médecin et ne pas pouvoir éviter la mort; être médecin, mais ne pas être Dieu.
Malgré tous ses efforts, tous les recours qu’il a pu utiliser, il se rend compte résigné qu’il n’a pas le contrôle total, que son intervention a une limite bien définie et, pire encore, que celle-ci lui en rappelle une autre – la limite de sa propre vie. La mort du patient attire le fantôme de sa propre mort.
Dans ce cas on peut bien comprendre qu’il soit difficile pour le médecin d’accepter le choix d’une mort digne, ça veut dire, sans des prolongements inútiles et artificiels de la part du patient ou de sa famille, comme si le médecin s’obstinait à résister jusqu’au dernier instant dans une compétition de force avec la mort, en étant pour lui difficile d’accepter la chute. Son besoin est plus fort que celui du patient. Et le professionnel ne se rend pas compte de cette distinction.
Et devant l’inexorable, le silence apparaît aussi comme un essai de ne pas attirer l’attention de la ‘vieille dame en noir’, pour qu’elle s’en aille le plus rapidement possible, sans amener plus personne avec elle.
La difficulté d’être vis-à-vis avec sa propre mort fait le professionnel refuser fréquemment le patient terminal. Il réduit le contact avec lui au minimum indispensable à la routine hospitalière, en disant qu’on ne peut rien plus faire, puisque le malade va mourir de toute façon. Les soins sont dirigés exclusivement à la partie organique et on évite l’approche de la partie émotionnelle, expériencielle du patient, une fois qu’elle amènerait le professionnel à ses propres emotions et questions personnelles par rapport à sa mort et à sa vie. Il s’enfuit donc du dialogue avec le patient et lui rend de cette façon plus difficile le processus de maturité et d’acceptation de la mort ou des traitements qui lui sont possibles.
Les professionnels développent un mécanisme d’isolément émotionnel, comme si cela était l’unique manière possible de survivance psychique dans la confrontation jour-à-jour avec la souffrance et la mort. Tel mécanisme ne peut pas, pourtant, prévoir toutes les situations, ni contrôler toutes les demandes qui arrivent du milieu. De cette façon, la menace reste là pour les professionnels et le mécanisme devient auto-nourirrant, puisqu’en général on ne leur donne pas la possibilité d’exprimer leurs sentiments, leurs doutes et leurs angoisses. Au contraire, telle expression est le plus souvent classifiée comme inadaptée et vue comme un défaut ou un signe d’immaturité professionnelle. La distorsion deviant le correct, l’attendu et le plus valorisé. La distorsion devient la règle isolée de sa motivation.
Ils ne s’aperçoivent pas que la question doit se déplacer du ‘sentir ou ne pas sentir’ vers ‘quoi faire, comment travailler avec ses sentiments et ses expériences par rapport à soi-même et à son activité professionnelle’.
Certains professionnels adoptent enfin face à la manque de sûreté l’attitude complètement opposée de sûreté totale. Poitrines gonflées, ils prennent la posture de seigneurs de la vérité et réagissent l’autoritarisme et l’irritation, quand on leur pose des questions, en disant ‘Je suis le médecin; c’est moi qui le sait’. Ils prennent de cette façon le pouvoir qui leur est donné par la société pour éviter la confrontation avec leurs propres difficultés. Plus asymétrique est la relation professionnel-patient, plus convenable elle est pour eux, professionnels, et moins menacés ils se sentiront. Quelques-uns arrivent à donner des ordres exprès aux autres pour que ne rien communiquer au patient et ils ne se rendent pas compte qu’ils révèlent de cette façon toutes leur manque de sûreté et leurs propres limitations.
Fréquemment les professionnels transfèrent aux patients et voient en ceux-ci leurs propres difficultiés, en justifiant leurs conduites d’évitement comme un soin avec le patient. À cause de l’interférence de leurs anxiétés, les professionnels évitent de voir les réels besoins, les préoccupations, les conflits et la vision de la vie/mort du patient. Si on leur pose des questions, ils disent que le patient n’a pas voulu savoir de son état. Ils ne voient pas que l’attitude du patient a été une réaction à sa conduite d’évitement et d’indisponibilité. Et le patient commente: - “Je ne leur ai rien demandé, parce qu’ils ne nous racontent pas ce que nous avons. Si nous leur demandons, ils s’enfuient et ne nous disent rien.”
On peut ici poser une question: - Avons-nous, les professionnels, le droit de nier au patient la connaissance d’une chose tellement significative et signifiante dans sa vie à cause de nos difficultés personnelles?
Malgré les avances dans le camp thérapeutique qui peuvent amener à la guérison, le diagnostique de cancer est encore reçu comme un certificat de mort certe, comme une maladie sans espoir. Quand les professionnels cachent ce diagnostique du patient, ils sont en train en réalité de nourrir cette conception déjà dépassée dans la société, en empêchant la réforme de cette conception dans le social. C’est à dire, ils sont en train de nourrir le monstre et par conséquent la réaction d’impuissance et de désistement devant cette maladie. Le patient pense: - “On a beau faire quelque chose. Je vais mourrir.” De cette façon, les professionnels rendent plus difficile aux patients d’affronter et vivre cette situation d’une manière plus réaliste et équilibrée. Ils augmentent la négation, l’isolément et justement ce qu’ils disent qu’ils veulent éviter – le désespoir et la dépression.
3.2. La Relation avec la Famille –
Nous avons vu sous le titre III comment les professionnels n’écoutent pas la famille quand elle essaie d’exprimer et de défendre les désirs et les décisons du patient. Moins encore quand elle cherche le professionnel motivée par ses propres nécessités, doutes et angoisses. D’une façon pareille à celle du patient, on dit que la famille est en train de déranger, de trop demander, de mettre en doute la conduite des professionnels, en somme, de créer des problèmes. Ils déprécient donc sa demande et ne reconnaissent pas ses droits.
D’accord avec Henri Friedel, “la mort d’une unique personne n’est pas un événement unique. Elle constitue autant d’événements divers que les relations que le mort avait – son conjoint, ses parents, ses enfants, ses amies, des ennemis peut-être, tant les liens originaux et unique sont rompus au même temps.” (Ziegler, page 169)
En essayant de tirer la mort de son contexte, en éteignant sa signification existentielle, on fait un double isolément: du patient par rapport à sa famille et des professionnels, et de sa famille par rapport à l’un et l’autre – le patient et les professionnels. Cet isolément est rigoureusement defendu, surtout dans les hôpitaux publiques, qui reçoivent les classes plus basses de la société, au nom de l’asepsie et de la routine hospitalière, en essayant de transformer la mort exclusivement en un cas médical.
La famille devient ‘visite’, des étrangers indésirables qui coupent le silence de l’impersonnalité avec leurs expressions d’affection et qui passent des heures en attendant un contact avec le professionnel responsable de leur parent. Les mêmes conduites d’évitement du professionnel vers le patient peuvent être observées par rapport à sa famille. Les motivations intérieures sont aussi pareilles. Ça veut dire, les difficultés du professionnel d’être en face des limites de son intervention, limites sentis comme impuissance. Pire encore, c’est les admettre devant d’autres personnes, comme s’ils confessaient leur fracas comme professionnel. Ils ont peur donc d’être inculpés par la famille.
De cette façon, quand le professionnel est communiqué que la famille d’un certain patient l’attend à la cour d’entrée de l’hôpital, il s’engage fréquemment dans beaucoup d’activités ou entre en chirurgie, en justifiant sa fuite pour soi-même: -“Ce n’est pas que je ne veuille pas parler avec la famille, je ne le peux pas, je suis très occupé”. Parfois, il arrive que le professionnel oublie que la famille l’attend ou évite explicitement le contact avec elle, en utilisant d’autres sorties de l’hôpital. Et quand il y a le contact, il est fréquent qu’il soit restraint à donner un minimum d’information sur le patient avec une conveniente distance affective de la famille, qui a la sensation de ne pas avoir été considerée par le professionnel. Et en réalité elle ne l’a pas été dans le sense de ne pas avoir été écoutée et comprise en ses angoisses et en sa douleur. La famille s’aperçoit qu’elle ne peut pas compter sur le professionnel comme un continent pour exprimer et alléger ses sentiments.
Parfois la famille ne sait pas vers quel professionnel elle doit s’adresser, puisque plusieurs professionnels travaillent avec le patient en même temps, ou en système rotatif. En consequence, personne ne connait bien “ce cas-là”, de la même façon que le patient ne connait pas le nom de son médecin. On a construit donc dans l’univers hospitalier une eficace stratégie de non formation de lien avec les patients et leurs familles, devenus “des cas médicaux”.
Un autre aspect, qui mérite une réflexion, est la communication du diagnostique du cancer à la famille, au même temps qu’on le cache du patient. D’accord avec le code d’éthique de la médecine au Brésil, par rapport au secret professionnel, les informations relatives à la maladie doivent être communiquées au propre patient et c’est celui-ci qui décide s’il veut partager ces informations avec quelqu’un de sa famille et choisir qui sera cette personne – celle qu’il perçoit ayant plus d’équilibre ou avec laquelle il se sent affectivement plus proche pour partager cette situation.
En justifiant sa conduite comme une façon de défendre le patient de la vérité et en essayant de se prévenir d’un possible procès judiciaire ou éthique, le professionnel jette le diagnostique de cancer à la famille, en donnant l’information le plus brièvement possible sans donner des conditions à la famille d’assimiler et d’accepter graduellement cette possible perte et sans se révéler disponible à l’accompagner dans cette expérience. C’est la même chose que jeter une bombe aveuglement sans connaître le camp où elle va exploser, ce qu’elle va atteindre, en sortant tout de suite sans se préoccuper avec ses effects. Le professionnel ne connait pas la structure du groupe familial, ni comment le patient est inseré dans cette structure. Il ne sait rien sur la dynamique affective du groupe, sur les sentiments et les conflits qui sont au milieu de ces relations.
Fréquemment, à partir de cette attitude du professionnel, un pacte se produit entre celui-ci et la famille pour cacher du patient son vrai état. Le professionnel le fait à cause de ses difficultés déjà décrites, et la famille parce qu’elle se sent seule et abandonnée pour vivre cette possible perte au milieu de ses conflits personnels et interpersonnels. Une fois qu’elle n’a personne avec qui partager sa douleur, exprimer, clarifier et discuter ses peurs, ses doutes et ses angoisses par rapport le patient ayant le cancer, la famille essaie de cacher la réalité de lui et de soi-même en différents dégrés, en faisant un théâtre familial qui a au fond la menace de la perte, de la douleur et de la désorganisation au niveau individuel et de groupe.
D’une façon semblable à celle du professionnel, la famille justifie son attitude d’occultation comme une manière de protéger le malade, pour qu’il vive davantage. On peut voir ici une pensée magique, selon laquelle si la maladie est ignorée par le patient et s’ils créent l’illusion qu’elle n’existe pas, la maladie peut disparaître et le patient ne va pas mourir. La famille dit que le malade n’a pas de conditons de connaître son réel état et le traite comme un enfant, comme un être fragile, de la même façon que les professionnels le font, en l’empêchant donc d’avoir une participation active et significative dans son processsus de vie et de mort, ou dans le traitement qu’il aurait voulu par hasard tenter de faire. Ce qu’on voit, c’est que, en général, la famille a plus de difficultés que le patient d’être vis-à-vis de la situation et de vivre la perte.
Comme on ne peut pas faire du théâtre pendant tout le temps et ni les acteurs sont parfaits, surtout dans un contexte plein de tension et d’instabilité émotionnelle, le patient capte fréquemment ce que les professionnels et la famille tentent de lui cacher et il commence à participer activement du pacte, en faisant semblant qu’il ne sait rien, une fois qu’il perçoit les limitations des professionnels et de la famille. L’isolement devient donc plus fort. Le patient et sa famille perdent l’opportunité de partager leurs sentiments et conséquemment approfondir les relations.
De cette façon, au lieu de faciliter au patient et à sa famille de traiter consciemment de la situation de mort et de possible perte d’une manière qui soit constructive pour tous, malgré les aspects douleureux qui sont là, les professionnels font partie et augmentent le fonctionnement pathologique, dissocié du groupe familial, à partir de leurs propres difficultés personnelles. Leur intervention devient négative.
IV - Le Patient Terminal – d’objet à la personne:
Devant le panneau décrit jusqu’à ici, c’est réconfortant et excitant de savoir que des professionnels, venus de différentes formations en différents pays, défendent ce qu’on a commencé a appeler “la mort digne”. Allons examiner mieux ce que c’est cela.
Nous avons vu comment le patient terminal est destitué des ses droits comme personne et comme citoyen. Sa parole est déqualifiée, ses volontés et ses besoins ne sont pas écoutés, ses évalutations et ses choix ne sont pas considerés digne de credit. Une complète sousmission en nom d’un savoir et d’un soin scientifique lui est impose. S’il réagit, il est jugé comme inconvenient ou ingrate et, pas rare, on lui donne un sédatif. Traité comme un enfant par une pratique paternaliste qui en réalité nie sa subjectivité, il est transformé en un objet de manipulation. Il est isolé et empéché de participer activement des décisions finales de sa vie. On commence à le voir comme um système physique en processus de détérioration irréversible, ce qui signifie qu’il n’y a que remetre à plus tard sa paralisation finale à travers des interventions physiques, même que ce soit fait au prix de la souffrance et contre la volonté de la personne intéressée.
Et si nous nous asseyions-nous à son côté et voudrions l’écouter? Peut-être il nous dirait quelque chose pareille à ce qu’a dit une infirmière internée en état terminal: - “J’ai tant de choses à dire. Ils ne perdraient pas beaucoup de temps en bavardant avec moi. Ah! Si nous pouvions être francs, avouer nos angoisses n’importe quelle côté que nous soyons, si nous pouvions nous toucher ... S’ils voulaient m’écouter et partager ce qui me reste de vie, s’ils pleuraient avec moi, perdraient-ils leur intégrité professionnelle? Les relations de personne à personne ne peuvent-elles pas exister dans l’hôpital? Il serait si facile mourir ... dans l’hôpital entourée d’amis ...” (Ziegler, page 207)
Voyons ce qui dit l’article n° 70 du code d’éthique dans la médecine au Brésil: - “Il est interdit au médecin de nier au patient l’accès à son promptuaire médical, fiche clinique ou similaire, de la même façon que de ne pas donner des explications nécessaires à sa compréhension, sauf quand cela cause des risques au patient ou aux autres personnes.”(Gauderer, page 36). Malheureusement, en essayant de fuir de leurs difficultés, les médecins en général prennent cette dernière observation comme une justificative pour ne pas informer le patient de son état. Et, ce qui est le pire, ils mantiennent les patients en ignorant leurs propres droits. Cette situation d’aliénation et de conséquente sousmission atteint plus fortement les patients des classes plus basses. De cette façon, les relations des professionnels avec les patients reproduisent et nourissent les mêmes relations économique-sociales de domination.
Quand le patient est informé de ses droits, il est fréquent de l’écouter dire avec étonnement: -“Ah! Je peux demander ce que j’ai, comment s’est passé ma chirurgie, le résultat de mon examen? Je ne le savais pas. Mais je ne vais pas déranger si je le demande?”
La personne a le droit de prendre les décisions sur sa vie et sur sa mort. Et pour faire cela, elle doit connaître sa maladie, ce qui lui arrive et les possibilités de traitement, aussi les alternatives à la médecine traditionnelle, comme l’acupuncture et la médecine chinoise, l’homéopathie, la phytothérapie, la médecine anthroposofique, en dehors de la psychothérapie. Seulement si elle a ces informations, elle peut choisir et participer activement de son traitement, à partir de ce qu’elle évalue être mieux et ce qu’elle veut pour soi-même. Elle pourra donc administrer mieux sa vie pendant le traitement et avoir plus de succès, une meilleure survie ou même la rémission et la guérison du cancer, une fois que cette maladie est determinée par plusieurs facteurs, en ayant le facteur émotionnel et le moral une participation importante. Cette stratégie d’information et discussion contribue encore pour voir la maladie d’une façon plus réelle.
En dehors de cela, si la personne sent qu’elle peut diriger sa vie ou son dernier temps de vie, cela sera très important pour qu’elle puisse vivre cette période d’une manière positive. Au lieu de se sentir impuissante et déroutée, en se laissant aller vers la passivité et la dépression, la personne découvre qu’elle a un pouvoir – le pouvoir d’évaluer, de choisir, de décider et de chercher ce qu’elle se rend compte maintenant qui est important pour elle, de se réorganiser interne et extérieurement, de refaire ses relations interpersonnelles. Il y a tant de choses à faire! Dans la plupart des cas, des choses qu’elle n’avait pas vues ou qu’elle a laissé de côté pendant toute sa vie et que pourtant étaient là tout près d’elle, en attendant seulement qu’elle “ouvrait” ses yeux et se disposait à les vivre.
Fréquemment il y a aussi des questions d’ordre pratique ou judiciaire à être résolues par rapport à son travail, à ses biens et à sa famille. Et c’est ici de grande valeur avoir l’aide d’une orientation professionnelle espécialisée.
La plupart des patients veulent savoir ce qui se passe avec eux et, quand ils sont informés, ils montrent disponibles à chercher des recours et à lutter pour leur vie. Nous touchons ici un autre aspect très important, le droit du patient d’avoir l’espoir, même devant une situation clinique classifiée par les professionnels comme irréversible ou en franche détérioration. L’acceptation du patient par rapport à son diagnostic depend beaucoup de comment il est communiqué – comme une sentence de mort avec de temps d’éxécution déjà marquée et sans possibilité d’aucun appel, en lui fermant toutes les portes, ou comme une situation sans doute difficile et grave, mais où il a des options qu’Il peut chercher.
En général l’espoir accompagne le patient même pendant la phase terminale, d’une expectative d’un nouveau médicament, d’une nouvelle chirurgie, d’un miracle biologique ou spirituel. Selon Ziegler (1977, page 268), “l’espoir de vie fait partie de l’homme.” En outre, malgré tous les développement de la science, la vie en plusieurs aspects reste un mystère et défie la limitée raison humaine.
Au contraire de ce que beaucoup de professionnels imaginent, savoir ce qu’il a ne signifie pas, pour le patient avec le cancer, perdre l’espoir. Les professionnels pensent que le patient va se laisser passivement mourir, en se noyant dans la dépression, ou qu’il ira chercher activement la mort à travers le suicide. Cela ne correspond pas à la réalité. Le fundamental pour le patient est de ne pas se sentir abandonné à sa maladie, percevoir que le professionnel restera à côté de lui à examiner et à tenter avec lui des alternatives, en participant de sa lutte indépendamment du résultat final.
Gardées les differences individuelles liées à diferentes structures de personnalité et de concepts de soi-même, à des differentes histoires et conceptions de vie, ce qui engendre des differents contextes existentiels, la dépression arrive comme un moment transitoire et nécessaire au processus de réévaluation de soi-même et de sa vie. Dans cette période riche et fertile pour la personne, le professionnel peut l’aider, en l’accompagnant pas-à-pas dans ce processus, en comprennant avec empathie ses questions et les changements de perception de soi-même et de ses relations avec le monde, qui sont en train de se développer. À ce moment, des nouvelles valeurs peuvent commencer à émerger. Le professionnel peut l’aider à examiner son histoire, quand la personne atteint donc une compréhension plus large et plus subtile de son processus de vie jusqu’à ce moment-là, ce qui devient une condition pour la réorganisation de soi-même, de ses relations interpersonnelles et de sa vie. Cela se développe indépendamment de la rémission ou non du cancer ou du temps de vie qui lui reste.
En réalité, aucun de nous, êtres humains, excepté des rares personnes qui ont une extra-perception, ne sait combien de temps nous aurons. Mais nous préférons oublier cela et agir comme si nous avions tout le temps du monde.
Le cancer ou n’importe quelle autre maladie chronique ou fatale peut donc déflagrer um processus de vie, de croissance de la personne. Et même quando le processus de détérioration physique avance, la conscience de l’être humain continue son évolution vers un niveau supérieur de perception et de compréhension, pas atteint avant. Parallèlement à la ruine du corps, il arrive la progression de l‘esprit. À partir d’une certaine distance de la réalité autour d’elle, la personne développe plus de tolérance par rapport à soi-même et aux autres, et une attitude d’humilité devant la vie. Elle ne veut plus dépenser son energie avec des choses superflues; elle atteint l’essentiel. Elle devient une autre personne, plus complète, bien qu’elle soit en train de mourir.
Dans ce stade, nous, les professionnels, sommes ceux qui le moins savent et lui, le patient, a beaucoup à nous enseigner. Qui donne l’aide à qui? Il serait bien si nous nous dépouillions de notre rationalité scientifique et adoptions aussi une attitude d’humilité devant lui, pour que nous ayons le privilège de l’accompagner dans son évolution pendant que la parole est encore possible. Car peut-être au moment suivant la communication verbale s’arrêtera, les interventions physiques seront sentis comme désagréables et inutiles, et il nous demandera que nous restons simplement à son côté.
Il vaut la peine de souligner un autre point: le patient a aussi le droit de choisir la manière et le moment d’entrer en contact et d’affronter clairement son diagnostique. Il tient au professionnel d’être plus attentif, en identifiant ses propres difficultés et besoins, en laissant de côté ses préjugés et théories, pour capter les réels besoins du patient à ce moment-là et pouvoir l’accompagner dans son évolution interne. Le fait de se sentir écouté, compris et accompagné dans ses préocupations, ses doutes, ses peurs et ses désirs, mène le patient graduellement à une confiance en soi-même pour affronter sa maladie et sa mort. Il ne se sent pas seul et il s’aperçoit d’avoir des conditons pour vivre cette situation-là.
La disponibilité du professionnel est fondamentale pour que sa relation avec le patient donne à celui-ci l’appui dont il a besoin, car dans um niveau intuitif le patient sent que quelque chose de grave est en train de lui arriver ou il perçoit une menace dans le niveau au-dessous de la conscience. On peut ajouter à cela les émotions, les comportements et les autres signes non-verbaux qu’il aperçoit des professionnels et de la famille. Et il y a encore les informations données par les moyens de communication et les expériences qui sont partagées parmi les personnes dans le contexte social. Cela arrive surtout par rapport au cancer, à cause de sa grande incidence, de façon que chacun de nous connaît plusieurs personnes qui avaient ou qui ont le cancer. Quand le professionnel arrive à parler franchement du diagnostique au patient, il est commun que celui-ci dise: - “Je le savais déjà, je l’imaginais.”
La règle d’or est donc écouter la personne, donner du temps à lui pour s’exprimer et à vous pour la connaître. Découvrez son monde, ses fragilités et sa force. Laissez qu’elle vous montre le chemin qu’elle veut suivre avec vous à ce moment-là. Il est possible qu’elle ait besoin de parler d’abord de ses enfants ou de sa mère, ou de son travail et qu’elle veuille à la suite parler de sa maladie. Ou il peut arriver le contraire, que la personne vous demande d’une façon directe et immédiate ce qu’elle a de maladie ou qu’elle veuille vous parler de ses soupçons. Dans ce cas vous pouvez croire qu’elle se sent en conditions d’ affronter cette situation et qu’elle les a en réalité. Chaque personne se connaît soi-même.
Si le professionnel prend la même attitude de disponibilité et d’écoute avec empathie avec la famille du patient, en lui possibilitant l’expression de ses plusieurs et contradictoires sentiments, de ses conflits agrandis par la crise, il l’aidera à refaire les relations et à réorganiser les fonctions parmi ses membres, à se préparer pour vivre peut-être la perte et la séparation. Il rendra plus facile la communication entre le patient et sa famille à propos de sa maladie, des traitements et de sa mort, pour qu’ils puissent partager leurs sentiments et être plus proches les uns des autres, rendre leurs relations plus profondes et prendre des décisons sur des sujets concrets d’une manière plus tranquille.
En somme, l’être humain est imprévisible et les moments de crise, de désorganisation lui donnent plusieurs possibilités de réorganisation et de croissance. Si on lui donne l’appui dont il a besoin, il marchera vers cette croissance et expansión de soi-même, surtout à partir de la claire conscience de sa fin, bien qu’il lui reste peu de temps. La question se déplace de ‘combien’ vers ‘quoi’ vivre. Et les derniers moments sont capables de donner une nouvelle signification à toute une existence.
V – Les Professionnels – un propos de croissance
“La meilleure façon de nous préparer pour une longue journée, de durée infinie, à une terre inconnue, serait probablement d’abandonner touts les bagages qui ne seront pas nécessaires. Une manière de le faire serait peut-être d’examiner ce qui nous appartient, en choisissant seulement les articles essentiels à notre bien-être spirituel et physique, en laissant le reste en arrière. On voit que le truc consiste à reconnaître ce qui est essentiel.” (Nichols, page 239)
À partir de ce qui a été dit jusqu’ici, nous pouvons évaluer que les distorsions dans l’attitude de l’être humain devant la mort sont venues du social. Maintenant voyons comme les distorsions ont pénétré aussi dans les formations des professionnels de la santé, surtout celle des médecins, et comment ce context peut être modifié.
Le premir confront du médecin avec la mort se passé déjà au début de sa formation dans les classes d’anatomie, quand il voit vis à vis des corps san vie, peut-être pour la première fois, et il est obligé à les manipuler sans aucune émotion, comme quelque objet d’étude, comme s’ils étaient des machines. La dissociation et la négation de ses émotions comme un professionnel commencent à ce moment. ‘Sentir’ est une faute, un signe d’immaturité ou de faiblesse, un motif de plaisanterie. Le ‘bon professionnel’ est celui qui ne sent rien. Les strategies de défense que l’étudiant adopte et plusieurs fois maintient dans sa vie professionnelle sont celles de minimizer ou déprécier cette réalité là, et la vider de ses significations par des plaisanteries avec les corps sans vie. On ne lui donne aucune préparation, ni la possibilité de discuter avec les professionnels/professeurs sur cette expérience, son effet sur lui et les réelles émotions et questions qu’elle a provoquées en lui. Cela arrive aussi parce que les professeurs, eux-mêmes, ont beaucoup de difficulties à propos de ce sujet et ils font les étudiants réproduire les comportements défensifs, une fois qu’ils sont pour eux des modèles à être copiés.
De cette façon, l’étudiant de médecine suit la formation avec une orientation strictement matérialiste et organiciste. La préoccupation se reduit aux aspects techniques de sa formation. Des sujets qui pourraint l’améner à poser des questions et à évaluer d’une façon critique sa pratique professionnelle n’appartiennent pas à son curriculum. On lui donne l’idée que la médecine s’est développée comme un savoir absolu, au dessus des influences idéologiques, économiques et culturelles. Ce qui importe, c’est le corps impersonnel ou des parties chaque fois plus petites de celui-ci – l’estomac, le rectum, la main, le genou, etc. L’étudiant perd la vision de l’être humain comme une totalité, où on doit inclure des aspects physiques, psychologiques et sociaux, et la vision du fonctionnement de l’organisme comme une totalité.
L’étudiant n’est pas préparé non plus pour traiter avec les aspects affectif-émotionnels du patient, quand il s’approche de lui. La relation médecin-patient n’est pas vraiment étudiée et discutée pendant le cours de médecine. Le contact interpersonnel est chaque fois plus minimisé par rapport à l’intervention technique. On ne donne pas à l’étudiant l’occasion d’exprimer et d’élaborer ses inquiétudes, ses doutes, ses expectatives et ses limitations. On oublie que son dévelopment comme personne est intimiment lié à sa pratique professionnelle.
Il faut donc faire une réforme du curriculum des cours de médecine par rapport à ces aspects, pour qu’on puisse rendre la formation plus vaste et profonde, et conséquemment la pratique plus riche. On a besoin d’une réforme pareille pour les autres professionnels de la santé.
On doit, pourtant, souligner un autre aspect très important. La mort, grande ennemie, n’a pas été parlée à aucun de ces professionnels, comme s’ils ne voulaient travailler qu’avec la vie ou avec une face d’elle.
Seulement si chacun de nous, professionnels de la santé, se permet à faire une ‘ré-flexion’, c’est-à-dire, un retour vers soi-même, vers son intérieur et affronter cette réalité – sa mort, sa fin, il pourra aider le patient terminal et sa famille à la vivre d’une façon plus équilibrée et avec plus de maturité. Seulement si nous entrons en contact avec nos sentiments devant la mort, avec ce qu’elle signifie aujourd’hui pour chacun de nous, nous pourrons rendre plus facile au patient et à la famille à faire le même, à exprimer et organiser leurs sentiments, à dépasser le moment de crise, en le transformant en un moment d’apprentissage et de croissance.
Seulement de cette façon nous n’aurons plus besoin de la nier, de la cacher, de l’éviter, de fuir le patient avec cancer, de sa famille et de nous-même car, en réalité, ce que la mort nous apporte sont des questions concernant notre vie.
Comme professionnels et comme personnes, nous devons cela à nos patients et à leurs familles. Nous le devons à nous-même.
Références:
ARIÈS, P. (1975). Essai sur l’Histoire de la Mort en Occident. Paris, Éditions du Seuil.
ESTÉS, C.P. (1994). Mulheres que correm com os lobos. Rio de Janeiro, Editora Rocco.
GAUDERER, E.C. (1991). Os Direitos do Paciente. Rio de Janeiro, Editora Record.
KÜBLER-ROSS, E. (1992). Sobre a Morte e o Morrer. São Paulo, Editora Martins Fontes.
NICHOLS, S. (1980). Jung and Tarot – An Archetypal Journey. Maine, Samuel Weiser.
ROGERS, C.R. (1980). A Way of Being. Massachusetts, Houghton Mifflin Co.
ROGERS, C.R. ET KINGET,G.M. (n.d.) Psychothérapie et Relations Humaines. Louvain, Université de Louvain.
SCIACCA, M.F. (1968). História da Filosofia. Vol. III. São Paulo, Editora Mestre Jou.
ZIEGLER, J. (1975). Les Vivants et la Mort. Paris, Édition du Seuil.
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